LE PANTALON
« Les mots cachent une réalité. »
Ce lieu commun de la sagesse ordinaire recouvre, à y regarder de près, deux professions de foi contraires; et le jeu du « Pantalon », à dévoiler ce double langage, n'en est pas autrement rassurant.
Il sape sous nos pas le pont de la langue, jeté sur les vertiges d'une réalité innomée.
Que nous cachent les mots, de la réalité ? Retournons-la pour voir quelles faussetés la langue propose à notre entendement. C'est là le principe même du « Pantalon ».
Que la réalité muette, encore vraie, sous les espèces de boules de pierre, de bois, de papier mâché se présente à nous selon les colonnes catégoriques : pierre, bois, papier porté en face du plateau,
tend à accréditer la tromperie.
Retournées selon l'horizontal, en boustrophédon, les boules révèlent leur vraie nature inscrite non au front comme du golem, mais au fondement. Il s'en suit beaucoup de faux-semblants, ainsi une
boule de bois qui se dit pierre, une boule de papier de bois ; et quelques vérités avérées - telles une boule de pierre qui se reconnaît de pierre - sont aussitôt placées au « Pantalon », panthéon
comique, couronnant les colonnes catégoriques, des vraies valeurs qui sont 14 points pour la pierre, 15 pour le bois, 16 pour le papier (1).
Une quatrième colonne est celle de « papierre » qui n'est pas non plus papier, donc bois. Trois cubes, de papier, de pierre, de bois s'y étagent selon le verdict de trois dés aux couleurs des trois
matériaux. Ils donnent en un seul jet l'ordre vertical des cubes négateurs « papierre » qui, quel qu'il soit, peuvent être battus par une boule ressortissant au règne positif.
La colonne "papierre" est l'inversion jusqu'au principe-même du jeu puisque le mensonge n'est plus du verbe mais de la nature même, diverse pourtant inscrite sous un signe unique. Le négateur ne ment pas; c'est la loi qui ment.
Dans le règne positif la loi dit vrai; c'est alors la nature qui s'égare.
Le cube véridique rapporte 18 points (2), à moins que le bois ne soit déjà au "Pantalon".
En début de partie une main innocente, hors la vue des joueurs, aura classée les mots occultes sur le tablier troué.
(1) Ces valeurs ressultent de la numérotation du blason central: pierre, bois, papier dont elles sont l'addition par colonne catégorique.
(2) 3 x 6 - Le décompte horizontal du blason central donne, dans la colonne "papierre", si on le réduit, par addition des nombres, à un seul chiffre: 6, 6, 6.
666, le chiffre de la Bête: la négation "papierre", l'illusion et l'égarement qui sont au principe même du jeu tout entier, livré mystérieusement par l'apparition de ce chiffre dont 18 est le condensé.

